JAVIER DE PRADO CANTA "TODA LA BASURA EN TU INTERIOR" EN VILNIUS


"Toda la Basura en tu Interior" de Javier de Prado, durante el festival Tai Aš, Octubre 2009, Lituania

Voyage d'un poème de Wingston González du garifuna au français en passant par l'espagnol

Ua, lagíribuduba yurumein woun




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No, San Vicente volverá a nosotros

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Non, San Vicente reviendra vers nous (traduction française d'Alba Marina Escalón) 


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Cocktail des trois



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Anabel Serna Montoya explora la espera / Anabel Serna Montoya explore l'attente



(Illustration réalisée par l'artiste mexicaine Anabel Serna Montoya à partir du poème de Laurent Bouisset "Une canne à pêche à l'infini")

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I.

Je crois qu’avant toute chose la poésie a rendez-vous avec l’attente

II.

Car c’est cela sans doute entre autre être poète - avoir en soi assez de vie pour supporter une vie durant - l’attente

L’attente interminable - et délayée éternellement - et de la taille autour du cou en gros disons d’une éléphante - de ce qui maintenant - à l’heure où je vous parle

Et le fascisme enflant en face un fruit - bleu et vieux ressorti - des boues de sa douce - décomposition interminable

Une fois de plus - ça y est c’est sûr - moi je vous le dis - on va trinquer

Subitement tout devenu - lourd - devenu - lourd

Subitement tout devenu - grave - devenu - grave

Attente malade en rase-campagne de ce qui - maintenant- à l’heure où je vous - parle

Non oui vraiment - non on ne peut pas dire que la révolution la vraie - et pas que poétique - j’entends - aussi surtout le grand coup de balai passé après que les fumiers malades qui nous gouvernent se seront lentement améliorés en - fumier sain

CELUI AU MOINS PUTAIN MAIS JE SAIS PAS MAIS SUR LEQUEL POUSSERONT PEUT-ETRE MEME ENCORE PLUS BANDANT QUE DES COURGETTES SURREALISTES

Mais nous n’en sommes pas là - non la révolution la vraie - à l’heure malade où je vous parle - a bien des plombs dans la patate

Très peu de chances pour qu’on la voie - au cours des vingt prochaines minutes - se relever - danser le jerk

Très peu de chances pour qu’arrivés - au terme du désenroulement invraisemblable d’une même phrase - nous nous la prenions comme - un très grand coup de soleil musical entre les yeux

Et ce n’est encore rien qu’un euphémisme que de dire ça

Car vraiment pas demain la veille - non pas demain que nous retrouverons - nous autres habitants de la mouise le goût du sel

DEMESUREE DE L’EJACULATION LA DEMESURE VIBRIONNANTE

Mais si peu dit vraiment quand on a bavé ça

III. 


Car c’est cela sans doute aussi - être poète

Avoir en soi assez de vie - pour supporter - une vie durant - de menuiser - remenuiser - et inlassablement - la table - où l’on ne s’attablera soi-même jamais - mais peu importe - il y a plus grave

Où même personne - si ça se trouve - aucun clampin jamais n’ira prendre le temps - de s’attabler - une heure durant

Car peu importe mais bon quand même

Près du canap il y a un poste de télé - géant - plasma - où vont se démenant des tripotées de paires de seins bien plus appétissantes - que mes tripotées vaines de strophes - flasques

Mais très très loin vraiment quand on a bavé ça d’avoir tout dit

IV.

Le point central encore une fois vient de nous faire une queue de poisson - savoir que le poète véritable - de toute façon - N’EN A MAIS JUSTE RIEN A FOUTRE D’ATTENDRE

V.

Je crois qu’avant toute chose la poésie a rendez-vous avec l’attente - mais vraiment pas n’importe laquelle

Avec une forme extrêmement bizarroïde d’attente - avec une attente difficile - et impossible pratiquement à concevoir - à notre époque épileptique et maladive de - l’immédiateté

Moi je vous parle d’un rythme avant toute chose - moi je vous parle d’un rythme et d’un tempo particulièrement lent - à imposer - à ce bordel

Aussi surtout et d’une attente d’un type révolutionnaire - c’est cela oui - oui parfaitement - AUSSI SURTOUT ET D’UNE ATTENTE D’UN TYPE REVOLUTIONNAIRE - je ne sais trop comment - mais qui - le temps d’une averse tropicale - à Antigua

Aurait réalisé le grand miracle d’aller se dérober complètement à son objet

VI.
L’attente dont je vous parle n’est pas l’attente de la révolution - plombé tout ça - plombé - l’attente dont je vous parle

Je pense tordu dans le seul but de parvenir à respirer - n’allez vraiment pas tortiller bien plus loin que ça

J’essaie de m’enlever des plombs du corps avec les mots - si ça pouvait comme par magie vous en enlever vous aussi un ou deux - ce serait tant mieux

Je ne vous parle pas présentement d’aller attendre la révolution - plombé tout ça - plombé - je l’ai déjà dit

Présentement là je vous parle parce qu’il faut bien faire quelque chose avec les mots

Oui je l’avoue - face au désastre - j’ai l’intuition - je ne sais pas pourquoi - mais bon - qu’il faut quand même faire quelque chose avec les mots - donc je vous parle

Et pourquoi pas au fond d’ailleurs ? - ça ou me branler - ou bien - je ne sais pas trop quoi encore - d’une balle dans le front tous les fumiers les buter tous

Huit heures durant envisager - d’une manière - je trouve aussi - scandaleusement prématurée - l’éclatante porte de sortie jadis choisie par Vladimir Maïakovski - pour qui tu te prends ? - après tout merde

Parler d’abord - parler avant

Se passera après ce qui depuis le tout début doit se passer

Parler d’abord - parler avant

Parler sans interlocuteur - seul complètement

Seul complètement dans le vent froid parler des heures

Parler encore seul complètement dans le vent froid - encore parler - encore plus bas

Parler encore - encore parler des heures durant - dans le vent froid

Encore parler - parler encore - de ce type-là d’attente extrêmement bizarroïde

QUI SERAIT ELLE-MEME DEVENUE REVOLUTION

VII.

Le simple fait de pouvoir supporter - pas que d’ailleurs le supporter - le simple fait de savoir explorer - attiser - vivre

D’être capable même de le prolonger - le relancer

Plus loin - toujours - encore - toujours - plus loin - le relancer

Une canne à pêche à l’infini

Le rythme interminablement interminable

De cette hypnotique - envoûtante - averse tropicale

Cela si rare à notre époque a pris les traits

Profondément - je crois bien - pris les traits

D’un processus même révolutionnaire - réinventé

VIII.

Là seul complètement - aux clopes une lèvre

Mince bout de toit - protège de l’eau - son ombre disparue

N’attendant rien - plus rien du tout - il n’a plus rien

Dévié ses yeux du tout dernier je t’aime - à espérer

Très loin maintenant

Très loin maintenant et ici même aussi - profondément

Des nuits durant œuvré cassé - coupé - tranché

Déconnecté l’attente de tout ce qui - de près - de loin - encore pouvait avoir

Le visage tendre d’un objet

IX.

Plus rien maintenant à attendre de rien - là seul fumant - comme mort c’est vrai - aussi extraordinairement vivant

Fumant des heures

X.

Des heures immenses étirées là - sous la pluie lente

Comme de très gros chats engourdis s’étireraient

Des heures immenses - face à la pluie - oubliant tout

Tout même l’oubli des heures immenses

Des heures immenses face à la pluie - oubliant l’eau

L’autre et la pluie

Fumant sa vie

Et il sifflote

XI.

Ce que maintenant là en train de découvrir - là détaché complètement - du grand fardeau de la révolution - là détaché - n’attendant plus

Plus rien du tout - même plus l’attente

Je crois bien quelque chose de comparable à un silence de sable

Silence de sable s’écoulant là - autour - léger

Grain blanc à grain - entre chaque mot

Silence de sable s’écoulant là - autour - léger - comme on dirait oui préalable - au tout premier battement du tout début du commencement - du premier souffle - d’une musique

Joyeuse sensible - sortie des cadres

D’une musique même je dirais - oui - REVOLUTIONNAIRE A 150 %

Je dois taper là comprenez - je sens que ça monte

Plus rien à foutre du tout de malaxer des mots - je me dois maintenant moi d’arracher à mon cerveau une paire de baguettes

Là sur le champ - là sans échappatoire aucune - je me dois moi maintenant d’élaborer une musique

Sensible obscure - joyeuse rapace

Mes doigts mes dents mon sang et l’eau - mon sang mes doigts mes dents ma rate

Tout de suite maintenant - maintenant tout de suite

Plus jamais non - non n’accepter - la moindre retenue aucune

TOUT CE QUI RESTE EN MOI DE VIE JE ME DOIS MAINTENANT D’ELABORER UNE MUSIQUE

XII.

Tout ce qui bouge s’enflamme et meurt - l’ennui la pluie les gens la mort - tout ce qui depuis le début bétonne - l’ennui la mort les nerfs bloqués

Tout ça tout ça tout ça - tout ça maintenant avec tout ça je me dois maintenant d’élaborer une musique

Horrible sanguine malade obscure - sanguine malade immonde sortie des kystes

Des kystes des plaies - des très grands kystes increvables de la nuit

La nuit des gens - le vent le vide - le vide la nuit des gens mangés

Mangés entre eux - entre-mangés par l’Homme mangé

L’homme ruisselant de soif de luxe - de soif de plaire

Les gens foutus - foutus en l’air les gens n’ont plus - le feu l’envie - les gens se taisent

Brassent bouffent baisent pleurent - bouffent et se taisent - se bouffent et baisent - bouffent et la ferment

Ça parle pour eux - en lieu et place pour eux ça parle - ça parle toujours - eux ils se taisent

Ils ingurgitent avec la bouffe à la pelletée les gros virus

Entre trois quatre bouchées la honte aussi - l’horreur

La honte s’étale dans leurs poumons à la manière d’une mauvaise tache de vinasse

S’étale la tache - s’étale longtemps

Longtemps s’étale jusqu’à se conformer - c’est bien vraiment - c’est impeccable - à l’apparence tranquillisante d’une carte de France

Il va y avoir c’est sûr après une prochaine page de publicité - sans doute c’est sûr ils vont recommencer à s’insulter

Bâtard se dire - bâtarde - pisseuse - crevure - traînée - laideron - gros tas - mocheté

Pendant ce temps-là moi j’ai le nez dans mes baguettes - plus fort je tape je tape encore - je crie je danse je danse je bouge

Croît dans mes bronches l’idée malade - avec tout ça

L’horreur le vide - le vide l’horreur - le vide la nuit des enfants tristes foutus en l’air - le vide la nuit des enfants tristes et déglingués à la racine - le vide la nuit là dans mes bronches moi j’ai l’idée

Malade c’est vrai - malade complètement

Là maintenant- avec tout ça

Si vous voulez savoir - si cela représente un quelconque intérêt - je dois vous dire - d’un point de vue personnel - à l’heure qu’il est - je ne perçois plus rien du tout - aucune limite - plus le début même plus d’aucune excuse de ne pas plonger

Droit - droit direct - droit - droit tout de suite - droit maintenant avec la merde

Tout de suite maintenant - là sur le champ - l’idée malade

D’EXTENUER DE TOUT MON CRANE UNE MUSIQUE

XIII.
Tous maintenant oui je le sais ils ont les couilles bloquées

Ça monte - putain ça monte

Tous maintenant oui je le sais les membres ravalés

Ça monte - putain ça monte

Je sais - je sais - je sais - de très grandes pieuvres ramifiées leur sucent la moelle

Ça monte - putain ça monte

Putrides et vertes et sur leurs peaux déboussolées pue le fascisme

Je sais ça monte - putain ça monte

De merde de salope de pute ça monte putain ça monte

Car je le sais ça - je le sais même parfaitement

Je crois même oui qu’on peut le dire - que toute cette merde - JE LA SAIS TROP

Quand je vous parle moi de l’urgence d’élaborer une musique je ne plaisante pas une seconde

Enfin si je plaisante - si l’on peut appeler ça plaisanter - que plaisanter - contre la tempe - le baiser froid - si sympathique - de son propre point final à venir

Plus fort taper - encore - taper

Crever chanter - aimer - rythmer

MAINTENANT TOUT DE SUITE AVEC MON RYTHME ALLER CREVER LES PIEUVRES QUI LES DORMENT

Danser crever - rythmer - aimer

TOUS MAINTENANT NOUS NOUS DEVONS VERITABLEMENT TOUS MAINTENANT DE TOUTES NOS FORCES NOUS NOUS DEVONS TOUT DE SUITE MAINTENANT NOUS NOUS DEVONS TOUS MAINTENANT ENSEMBLE D’ELABORER UNE MUSIQUE

XIV.

Ce que maintenant là en train de découvrir - du moins sans doute

Si ça se trouve même - pas du tout

Si ça se trouve juste rien qu’en train de me planter complètement - sur toute la ligne - depuis le début

Si ça se trouve juste rien qu’en train d’entortiller ma canne à pêche comme un pochtron dans les branchages

Rien de plus - c’est tout - qu’importe ? - je m’en tape

Si vous saviez même à quel point je m’en tape de la réalité de ce que je vis vraiment

Maintenant là en train de découvrir je vous dis - je crois - je pense - même je dirais j’en ai la conviction intime que ce qui crépite là stroboscopique sous mes phalanges - ce n’est rien d’autre que le rythme infatigable de cette partition - imperceptible - que nous interprétons tous - tout le temps - en permanence

Et que nous soyons musiciens ou pas d’ailleurs - que nous ayons ou pas un instrument - là n’est vraiment pas la question

Ce que maintenant là en train de découvrir- c’est cette musicalité même du sang

C’est ce tempo - ce rythme - c’est cette folie - de se savoir là au milieu

Au milieu là de se savoir de ce n’importe quoi qui nous dépasse

De ce n’importe quoi qui nous arrache - à la peau fatiguée des chants - des cris - des larmes

Et des envolées rouges de poissons - des variations hallucinées de violons verts - et des désirs même abyssaux de symphonies du fond de la lymphe

C’est cette musique terrible horrible - c’est cette musique si belle malade

Tout de suite maintenant - là dans mon bras - j’aimerais tant - plonger l’hameçon

Un moyen dénicher je ne sais vraiment pas comment - un moyen dénicher pour - la ferrer

C’est cette musicalité même du sang - cet horizon sonore incandescent - que je promets - que je déclare - plus que ça même - que j’annonce révolutionnaire à 150 %

Cet horizon sonore incandescent que nous ne parviendrons - jamais - réellement - nous tous autant que nous sommes - nous autres habitants de la mouise

A réentendre et propager - réinventer redécouvrir multiplier

Qu’à l’instant seul - et poétique - où nous aurons tous réappris - à dépouiller l’attente

Pour nous représenter - là - immobiles

Enfin - là - immobiles dans le mouvement

Et même les uns des autres à trois océans de distance

Très peu importe au fond où l’on se trouve - quel est le nom de notre périmètre sordide - quelle boite puante nous retient prisonniers en bas

Très peu importe au fond où l’on se trouve ce que l’on fait comment on va - quel échelon exact de la mouise nous sommes en train de supporter

Rien d’autre que ça - IMAGINER

C’est tout - seulement - c’est là la clef

Juste rien que ça - IMAGINER

Ce que serait vraiment - sur nos tristesses

Vraiment - enfin - l’écoulement chaud magnifique

D’une seule et même averse de silence

A l’infini - répercutée 


Laurent Bouisset - La Antigua Guatemala, le 13 juillet 2010

NOUS PARTAGEONS LE MEME SILENCE (GUATEMALTEQUE)


(Dessin d'Alba Marina Escalón réalisé à partir du poème de Laurent Bouisset "Mais fait-il autre chose que de pleuvoir ?")


Plus rien à foutre du tout de rien - ou pratiquement - et c’est ce pratiquement - qui depuis le début - embrouille l’humain
Parce que profonde on a l’envie - tous - qu’un éclat magique advienne - inadmissible - impétueux
Même n’importe quoi - féroce - dément - face à la pluie qui aurait chance de faire date
Comme l’envolée soudain hors de son feu - de cet impressionnant serpent peureux - s’égosillant

Une vie entière serait magique pourtant - à ne plus rien faire d’autre - qu’explorer l’attente
L’attente humide - l’attente de rien
Magique et lente - humide - et prolonger d’un regard doux la prochaine goutte - la prochaine goutte - la prochaine goutte

Une vie entière est étendue à nos côtés - après l’amour - nous partageons le même silence

Étendue là une vie entière est attristée - à ne plus rien faire d’autre passée - jamais - que lentement regarder fuir
Plus loin - partir - couler - regarder fuir
Happés plus loin toujours - par la langueur inadmissible d’un même plan fixe
Moite et sucré - sensible - serein
Glissé du seul et même - insupportable film trop long

Une vie lente et rouge est achevée à nos côtés - après l’amour - entièrement ratée - oui il me semble bien - et magnifique - rien passée à jamais que ça - rien plus que ça - que prolonger d’un regard doux la prochaine goutte - la prochaine goutte - la prochaine goutte - la prochaine goutte

Semblable celle-ci exactement - à celle qui tout à l’heure - une heure ou deux de ça ou à peu près - m’a tendrement léché la nuque
Semblable celle-ci exactement - à toutes les autres au long du jour - qui n’ont rien fait d’autre - que rien dire
Semblable celle-ci exactement à cette immensité magique - ouverte soudain
A l’océan rouge et grotesque de tout ce que - moi - là
Sous cette pluie interminable - huit heures durant - si vous saviez
Je n’ai alors mais plus du tout envie de dire



 Laurent Bouisset - La Antigua Guatemala (à une date sans importance et imprécise)


Exposition "Iles" d'Éva Grüber-Lloret et Sabrina Martinez


Du 24 au 28 janvier 2012 chez Ziza Pillot
29 rue Sainte-Victoire (proche place Castellane)
Marseille 6ème

Le vernissage aura lieu le mardi 24 janvier à partir de 18H30 et l'exposition sera visible tout le reste de la semaine sur rendez-vous au 0681475879 ou au 0491378503.



LA EXPLOSIÓN DEL FRUTO GIGANTESCO !!!


 Photographie de l'artiste mexicaine Anabel Serna Montoya



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le diable à tenter maintenant - pulser chanter crier - expulser peindre
s’il le faut même - étendre ma peau - à même la table
que sur le champ - je vous préviens - je m’en vais l’entailler à coups de canines
pourquoi pas - après tout - oui si cela est nécessaire
si cela seul est le moyen de vous décrire
sur le champ - m’entailler - cent hiéroglyphes - à même la peau
mais vous décrire
un peu seulement - un peu déjà
ce n’est pas rien - cela m’ôtera toujours un millimètre ou deux de fièvre
oui vous décrire - tout sauf pour moi - ce que fut - là-bas - esa explosión
et pas une autre
quelle drogue - quelle manière - quel médium - pour cela torpiller
je dois bien l’avouer - je n’en ai pas la moindre idée
bien incapable - à l’instant même où je vous parle - de vous précisément dire ce que je fiche
où je me tiens
cervelle trouée
le corps agité de sursauts
viscères volants d’un baleineau - en train de dévorer trois saxophones
le sexe lumineux - là-bas - perdu - dans les décombres d’un troisième bordel - à gauche
sueur de feu - le ventre calciné - à caillasser l’aurore
tout cela - certainement - oui plein d’autres choses
plus j’y repense en vérité plus il me semble que je voyage
bien incapable - comprenez-le - là - de me contenter d’une langue
une seule - un lieu
un tant soit peu - pour vous décrire
plein cœur du golfe du Mexique
ce que
tout sauf pour moi
fut
LA EXPLOSIÓN DEL FRUTO GIGANTESCO
de cette terreur des mouettes - je dois vous dire - à l’instant T
là - quand jailli d’on ne sait où
d’un souvenir peut-être - ou le contraire - d’une mémoire promenée dans les embruns
d’un disque dur fantomatique
du rein d’un homme écartelé jadis - plein cœur du Golfe du Mexique - par trois cents hordes de pirates exponentiels
aussi - sûrement - du ventre de una mujer - folle complètement - 50 % divine
vous dire - enfin - un peu - oui - cette terreur des mouettes
le punk extrême de cette pulvérisation
sublime - la mouille - surtout - oui - de chaque chose - à l’instant T
là - quand jailli d’on ne sait où - ESE FRUTO GIGANTESCO - péta
gorgé de sang - de lait - d’aurore
de tant d’autres liquides encore
insister sur le fait - aussi - oui que - ESA EXPLOSIÓN DEL FRUTO GIGANTESCO - ne relève pas - non surtout pas - d’un esthétisme quelconque - d’une coquetterie - que sais-je ? - langagière - cinématographique
rien non rien vraiment d’un clip en vérité
vous dire à quel point - j’insiste
nous insistons plutôt
ESA EXPLOSIÓN relève - avant toute chose - d’une expérience vitale
et c’est pas vraiment le cas de la poésie - qui s’écrit dans ce pays - en ce moment
et c’est pas vraiment le cas de grand-chose du tout - qui s’expose ou se joue - se filme - dans ce pays - en ce moment
ce tout petit pays bourgeois où c’est bien plutôt l’université - et la critique mondaine
et les tympans puceaux du Paris chic 
et les cerveaux puceaux du Paris chic
écharpes nouées autour des petits cous puceaux de ces cloportes et vaniteux théoriciens du texte - que je vais maintenant oublier
oublier - effacer
un fil reprendre - n’importe lequel
un fil reprendre - arracher à cette explosión
pour continuer à clamer - clamer contre eux
contre leurs trombines pathétiques
et l’air vicié de leur hermétisme abruti
et l’air vicié de leurs concepts à faire dédarder le téton des cieux
mais non mais se dire qu’ils n’existent plus maintenant - plus du tout qu’ils n’existent maintenant - n’enrayent n’enraillent n’emboucanent plus ma route
Moi j’écris avec Sid Vicious et Khlebnikov
avec Luis Miguel Hermoza et Alan Mills avec Montecinos Yannick Thiriet Mélanie Duchaussoy avec les viscères et la rage de mon pote Erick Gonzalez avec le saxophone ouvert ouvrant volant d’Akosh le grand avec la scansion vitale et vécue de Joanniez Caravaca sa vie son flux Alba Marina Escalon en route et libre en route et libre et s’échappant et sublimes les photos magiques de la chamanita Anabel Serna Montoya avec la cumbia de Gilda Eva Grüber s'arrachant les boyaux sur Calaferte mais pas seulement avec les autres aussi enfouis que je ne malheureusement connais pas encore que je pressens que j’imagine que j’espère que j’attends
avec le lait j’écris le rhum le débordement d’une génération
à même le vide en train d’enflammer maintenant une nouvelle page
bousculer nous allons les codes anciens
bousculer dévisser
et fracasser leurs ampoules blêmes
et du fuego del fuego faire le carburant nouveau d’un départ balancé
dans leurs gueules désodorisées de petits Parisiens propres et sans hargne - dans les tréfonds de l’orgasme endormi de leurs petits quartiers de petites vies - de vies gelées - vies de lombrics où les vers et les toiles font partie intégrante de la cage
où les vers et les toiles tissent une camisole purulente
bien du mal à y croire mais enfin c’est ainsi
ça qui s’est passé de très sale pour tous ou à peu près tout le monde - à la fin de ce siècle dernier - au début de celui qui n’avance pas
allongés tous à l’ombre on a attendu qu’un fruit tombe
tous un par un ils ont pourri - rien n’est tombé
la bourgeoisie a fait le ménage - bien pire que ça elle a fait même - elle a châtré
châtré le vers à tour de bras - châtré les pinceaux - tout gelé
si l’on ne se bouge pas pour de bon l’arrière-train - si l’on ne le dit pas que ça pue une bonne fois pour toutes - si l’on ne leur dit pas merde à ces cons ON EST LES CONS
MERDE AUX PUTES RESPECTABLES DE LA BEAUTE
MERDE AUX CHIENS DISTINGUES DE LA POESIE comme le disait si bien Hector le Chilien l’enragé
avec lui son tempo frapper les lignes
et tordre - et déboiter les cadres - mais pas seulement - les oublier aussi - les rayer de nos mémoires tous
inventer l’aube et la palette et les pinceaux
inventer Dieu
inventer rouge ou bleu
ou des vagues ou saigner
inventer du ciment
inventer n’importe quoi - mais tout sauf eux
mais tout sauf leurs musées du concept et la couleur faible - Pollock contre eux - Soutine contre eux - Coltrane contre leur jazz d’acarien déprimé - contre le chloroforme de leurs performances creuses - dans les cacahuètes de leurs vernissages y aller foutre de l’acide maintenant - ça te la rendrait plus flippée leur connerie certainement - leur connerie hilarante - leur connerie hilarante bien sûr
mais n’oublions pas les amis qu’il s’agit d’un rire minuscule
un rire d’insecte - un court sur pattes - je vous parle d’autre chose enfin
je vous parle de Molière Scarron et de Rabelais - je vous parle de reprendre vie maintenant
je vous parle de reprendre vie et souffle dans le fruit mes frangins
dans le fruit gigantesque - mes amis les frappés
dans le fruit maintenant - nous reprenons cocktail et rage - nous emmerdons ces planqués ces vendus - et il faut qu’ils l’entendent - MESSIEURS DAMES LES PLANQUES LES VENDUS NOUS VOUS EMMERDONS - NOUS EMMERDONS VOTRE ASSASSINAT DE LA CREATION - NOUS EMMERDONS VOTRE TIMIDITE A DIRE QUE L’ETRE HUMAIN EST UNE CHOSE FOUTUE - A CAUSE DE VOUS EN GRAND PARTIE - A CAUSE DE VOUS DE VOTRE CONNERIE DE VOTRE FRIC ET VOTRE PAUVRETE D’AME ET DE VIE - THOMAS MANN A ECRIT : « L’ARTISTE EST LE FRERE DU DEMENT ET DU MEURTRIER » ET VOUS N’ETES LES FRERES DE PERSONNE - VOUS ETES LA BAVE DE L’OMBRE ET L’OMBRE EST DEVENUE DE VOS SECRETIONS NARCISSIQUES LA BAVE IMMONDE ET LE MIEL PUTREFIE et je vous dis
je vous dis ça maintenant tout de suite - je ne peux pas faire autrement que vous le dire - vous le dire haut et fort - à quel point l’étiquette « initiatique » - bien faible encore me semble - pour vous décrire - cette éviscération - à l’instant T - oui de chaque note
demoníaca infiltración - oui de la couleur jaune - en moi
attaque démente de la pulpe - partout ce vent
milliers de bouts de viandes moisies - que je me vois - là - aspiré
boulé - tourné - renflé - volé
ça va sans dire - sans mon accord
typhon sanglant liposucé au plus épais du cœur gonflé oui del golfo de México
vous dire encore surtout insister même
oui sur le fait que cet emballement
aussi a eu - je le regrette - son lot abject d’immondice
entre autre je pense au génocide - bien excessif je vous l’accorde - des albatros du sud de la baie
entre autre je pense à l’abus sexuel scandaleux - perpétré par ces bâtards de dauphins ploucs - sur la personne des daurades veules
excusez-moi - quelques secondes seulement - je m’interromps
car - c’est-à-dire - qu’en fait - si vous voulez
la houle vient de détruire les vitres - là - de la chambre magique - de Chicxulub - d’où je vous parle
cela n’est certainement pas dû à une coïncidence
voilà que je vous parle de LA EXPLOSIÓN DEL FRUTO GIGANTESCO
et que la houle réjouie détruit les vitres
salope comme à son habitude vient me chercher par les doigts de pied
très fort - très vite - m’emmène danser - la rumba - nu
si bienheureux la bite à l’air
je disais quoi déjà ?
ah oui
LA EXPLOSIÓN DEL FRUTO GIGANTESCO
à quel point dire cette barrière idiote du langage s’est effondrée à l’instant T
non pas d’un coup que je me sois vu fusionner
non vraiment pas - non pas mon genre ça - la fusion
à part bien sûr quand c’est des RED HOT CHILI PEPPERS qu’il est question
« Higher ground » en particulier
et les slaps volcaniques de ce géant appelé Flea - ce qui veut dire en français puce - et puce aussi c’est bondir et danser - mais là n’est pas le sujet - quoique en fait - reprenons
non pas soudain que je me sois vu fusionner - plutôt que d’un coup le bordel d’accords de verbes et d’adjectifs - il s’est mis sous ma peau à tournoyer - ma peau en feu - à fond la caisse
vandale manège de mots - extraños pour la plupart - oui c’est à souligner - défigurés soudain - tout bousillés
loin du Paris bobo et des poètes gentils à la guimauve - loin des salons merdeux du XVIIème - et leurs commissariats mondains de la pensée - leurs revues élitistes et sans tapage - qu’ils les remballent - qu’ils en fassent un grand tas pour emballer leurs foies jaunis
je vous parle - maintenant - ici - moi de vent pourpre et d’écume noire
je vous parle - maintenant - ici - qu’alors tout fulgura vert dans mes doigts
je vous parle qu’alors rien - je n’ai plus pensé à toute cette merde
Paris - leur souffle éreinté - abîmant
leurs librairies snob où l’envie - d’un grand coup de boule te passe - où d’aller t’acheter Proust à la FNAC
vous dire moi que j’ai plus vomi alors - soudain - j’ai plus vomi dans leur foulard - leur ENS pour têtards bourges - j’ai pensé fort - j’ai pensé loin - très loin d’eux j’ai dansé - de leur gueule et leur pus - je me suis extirpé de mon litchi
j’ai volé derrière l’odeur de leur vide - leur vide abyssal - et hostile - c’est ça
de l’autre côté de la vision - au cœur profond du sujet même
comme si finalement toucher le cœur des choses c’était partir
comme si toucher la rive voulait dire trancher mordre - je ne sais pas - ou bien encore décapiter
pas sûr du tout de ce que je bafouille
pas sûr du tout - à ce moment précis - de ne pas - parlant d’eux - devenir l’un des leurs
de ne pas me salir à ressasser leur cas
enfin bon il le faut - il le faut déboucher les chiottes parfois
mais là-bas comment dire
là-bas - nu dans le fruit - mes dents riaient - pour l’heure - lointain - dans l’essence même - je n’avais plus conscience - ni de mon nom - ni de la peau des choses - ni des détails
sans doute puis-je rajouter - aussi - oui - qu’à ce moment-là - vraiment - oui - pour une fois - dans l’explosión - j’avais le sentiment d’offrir à nos poèmes
nos neurones nos pinceaux
nos lendemains verts et noirs comme l’opium
nos portées cannibales et débraillées
nos excès légitimes - et notre enfance
à tous notre enfance - même les vieux - surtout les vieux
Notre enfance à tous rejaillie - à tous notre enfance en marche maintenant
LE GIGANTESQUE EPOUSTOUFLE A LA MESURE DE NOTRE ELAN

Laurent Bouisset - Chicxulub (Mexique) – automne 2011

"Réflexions sur le vide", une exposition d'Erick Gonzalez et Alvaro Sanchez

 

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Cette exposition est née d'un goût partagé pour la littérature du philosophe roumain Emil Cioran. Les travaux présentés ici sont largement inspirés par les aphorismes de cet écrivain souvent perçu (à tort à notre avis) comme un «penseur pessimiste."

Transférer le contenu d'une phrase sur le plan de l'image nous a permis d'approfondir la pensée de Cioran et d'accélérer le processus créatif par l'interprétation littéraire. Nous avons apprécié travailler dans cet espace "cioranesque" où les mots et les idées sont percutants. Un monde dans lequel de la sombre nébuleuse naît une lueur prometteuse comme la sortie d'un tunnel.

L'expression «Une image vaut mieux que mille mots» est remise en cause dans ce domaine car les mots puissants de Cioran sont capables de générer des milliers d'images. C'est sous cette prémisse que nous présentons cette exposition, conscients des interprétations et correspondances multiples entre texte et image.



Esta exposición nace del gusto compartido por la literatura del filosofo rumano Emil Cioran. Los trabajos aquí presentados son en gran parte inspirados por los aforismos de este escritor estigmatizado (equivocamente a nuestro parecer) como "pensador pesimista".

Trasladar el contenido de una frase al plano de la imagen nos ha permitido, no solo profundizar en el pensamiento de Cioran, sino acelerar los procesos creativos a partir de la interpretación literaria. Ha sido para nosotros un placer trabajar en este terreno "cioranesco" donde las ideas son agudas y las palabras contundentes. Ese espacio donde detrás de la nebulosa oscura, se genera una luz pequeña y esperanzadora como la salida de un túnel.

La frase que reza "una imagen vale mas que mil palabras" encuentra su justo cuestionamiento en este campo, las palabras potentes de Cioràn son capaces de generar miles de imagenes. Es bajo esta premisa que nos aventuramos a presentar esta exposición, conscientes de las múltiples interpretaciones y correspondencias entre la palabra y la imagen.

PUEBLO JOVEN (REMIX)

video 

(texte de Luis M. Hermoza, adaptation française de Laurent Bouisset)

Le Cornélisme International /// El Cornelismo Internacional



"Le Cornélisme est un courant de pensée pessimiste quant à l’évolution future de l’espèce humaine et chérissant le rêve d’une planète vide d’êtres humains qui serait dominée par une nouvelle espèce : le Singe Pensant, seule et unique espèce intelligente capable de sauver la planète du Grand Chaos le jour où l’Homme, enfin, aura disparu complètement."

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"El cornelismo es una línea de pensamiento pesimista frente futuro de la especie humana, que sueña con un planeta sin seres humanos y dominado por una nueva especie. Ésta es el Simio Pensante, la única especie inteligente, además del hombre, capaz de salvar del caos al planeta cuando éste deje de existir."

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Succombez à votre autodestruction,
c'est-à-dire,
laissez-vous emporter par vos pulsions les plus humaines !

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Entrégate a tu esencia autodestrucctiva
es decir,
déjate llevar por tus impulsos más humanos!

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...les fanzines cornélistes !


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...los fanzines cornelistas!

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Plus d'info: Le Cornélisme International...

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Más info: Agrupación Cornelista: por un planeta sin humanos...

LA NECESSITE VISCERALE DU CRI POETIQUE


"Chants de leurs plaies", texte de Laurent Bouisset initialement écrit en 2007 pour le programme de la pièce "Slogans" mise en scène par Charles Tordjman à partir de textes de Maria Soudaïeva traduits et adaptés par Antoine Volodine



« Je chante par ma plaie. »
Pierre Guyotat, Vivre


Nuit noire. Voit plus rien, Ida Jerricane. Recluse dans la soute de ce cargo funèbre – devrais-je dire les viscères de cette baleine noire ? Depuis qu’Abraham Voriaguine et sa bande de mafieux sordides lui ont mis du sparadrap sur les yeux. Seule lui reste la voix, Ida Jerricane. Voix violente qui clame… « AVANCE MASQUEE, FRACASSE, CHANTE, AVANCE, TUE ! » Grêle d’impératifs qui tonnent… « NE RECITE RIEN AVANT DE TE PENDRE AVEC TA CEINTURE ! » Ah ! si seulement cette imploration pouvait atteindre petite sœur… « Petite sœur !… Petite sœur !… Je ne vois rien. Ils m’ont mis du sparadrap sur les yeux. Serena !… Serena Malvachenko !… Petite sœur !… » Tiens oui d’ailleurs… Pourquoi ce détail est-il invisible sur scène ? Serait-ce au spectateur d'imaginer cet infâme sparadrap ? Pourquoi les corps tuméfiés des prisonnières sont-ils montrés intacts ? Peut-être justement pour refuser toute compromission, toute complaisance avec l’atrocité de cette mutilation. Théâtre d’un amour sans bornes. Théâtre du chant plus que de la cruauté. Là n’est pas le lieu du voyeurisme, quel qu’il soit. Nulle jubilation morbide. Nulle fascination pour l’hémoglobine. Horreur de ces stigmates qui, loin d'affrioler, affligent conjointement l'auteur, Maria Soudaïeva, et l'adaptateur, Antoine Volodine (se voulant ici effacé, s'espérant fidèle, au détail infime près, à la mémoire de la poétesse anarchiste qui, plus qu'amie, sœur de sang, lui avait confié ses slogans avant de se donner la mort en février 2003), choqués jusque dans leurs chairs, bouleversés à l’idée d’exposer les corps suppliciés de ces putes, dignement élevées, par le scrupule de cette bienséance, au rang de personnages tragiques.
Si seulement ils pouvaient les montrer rayonnantes… radieuses... Si seulement ils pouvaient les arracher à ce destin de blatte… troquer ces corps disloqués, ces visages volés... dépeindre autre chose que la mort... éclipser leurs moignons d'un glacis... Si seulement ils pouvaient rendre leurs ailes à ces mouettes… les laisser sans plus tarder s’envoler… s’enlacer hors la soute… loin… jusqu’à frôler les œillets non-poisseux, non-goudronnés, d’un printemps plus tendre…
Seulement voilà.
Ni Soudaïeva ni Volodine ne nous bercent d’illusions. L’avancée de la trame narrative, coulée lente, inexorable, de boue, sans cesse nous ramène à la triste réalité : les mouettes ne s’envoleront pas à temps, non, s’échapper ne le peuvent, seront bel et bien tuées par ces brutes. Avant de s’en aller, au plus fort du typhon magique des slogans, rejoindre Suzy Vagabonde, reine-gueuse, dans l’espace d’après la mort. Comme si seul le rêve d’un au-delà fantasmé pouvait encore laisser flâner en suspension quelque espoir de renaissance. Mais frêle… mais si loin dans le bardo…
Or not.
Tant la violence de la situation initiale que la menace d'extermination physique pesant sur ces femmes-oiseaux, décuplent la nécessité viscérale du cri poétique, dernier exutoire quand l'approche du pire pèse pire qu'un couvercle. Averses crachées du dedans des bronches à la gueule d’une fatalité si bien matérialisée par cet espace clos, comprimé, compressé de la soute. Ces slogans jaillis entre quatre murs à Macau, des neurones internés de Maria Soudaïeva (« On m’avait enfermée sous prétexte que j’étais délirante et dangereuse. Sous prétexte que j’entendais des voix dans ma deuxième tête... Il faisait chaud. On était plusieurs dans le bâtiment des femmes. Il pleuvait. Le ciel était noir. ») dès lors tempêtent sur scène comme autant de chants.
Chants nés dans l’imminence d’une mort certaine.
Aux confins de l’étrange.
Chants des condamnés que nous sommes.
Chants de leurs plaies.
Un slogan en particulier résonne comme un mot d’ordre : "OUVRE LES ÉCLUSES DES GRANDS RÊVES !" Besoin de fracas halluciné. Besoin de cette sauvagerie injonctive, de cette douche d’images pour à nouveau s'envoler, tels des mouettes blessées par un réel de pierre, vers la douceur nuageuse d'un grand rêve, celui d'un théâtre total, sans concessions, en un mot libérateur.


Laurent Bouisset - automne 2007 (quelque part en Picardie)